Lundi 21 Juin, Mardi 22 Juin 2010

 

 

 

 

(le port de Thessaloniki)

Après vous avoir quittés, nous décidons de rester dans notre hôtel peu cher encore une nuit, n'ayant pas encore visité Thessaloniki, la 2ème plus importante ville de Grèce. Nous déambulons sur les quais sous les rayons obliques d'un soleil fatigué, éclairant la grande tour blanche qui garde la ville. Mais Thessaloniki couve en son sein une forte révolte populaire.
Cherchant un petit endroit où bien manger, nous entendons des clameurs éclater dans le centre-ville. C'est lorsque nous voyons une poubelle en feu que nous réalisons que la Crise grecque attise encore les rancœurs (et il y a de quoi, ne serait-ce que du point de vue des retraites, qui en voit l'âge reculée à 65 ans et le prix baissé de 200 euros). Nous remontons alors les trottoirs d'un boulevard jonché de détritus en flammes, puant encore le gaz lacrymogène qui nous irrite les muqueuses, à proximité d'un groupe d'une dizaine de CRS qui marche vers les manifestants qui s'éloignent au-devant. Les projectiles pleuvent drus, les cris s'intensifient, les carcasses carbonisées des containers renversés nous plongent dans une apocalypse urbaine, où volutes de fumée acre, soleil déclinant et sillons brumeux des bombes à gaz créent une atmosphère étrange couleur de soufre. Des flash balls sont tirés, du sang coule, des cris de révolte nous stimulent. Des passants fuient les rues, d'autres se calfeutrent dans les halls d'appartement, des cafetiers et leurs employés se précipitent aux terrasses pour rentrer chaises et tables.
Les CRS amènent les manifestants à se regrouper sur une grande place coupée en deux par une rue où circulent encore quelques voitures piégées. Nous nous retrouvons alors entre les deux factions, à gauche, dos à la baie, il y a les citoyens, à droite une quinzaine de flics dans leurs armures modernes. Des bouteilles en verre, des cailloux, des poubelles publiques pleuvent d'un côté. Des slogans en grec sont scandés et chantés face au groupe silencieux de la justice. La tension est électrisante. On se toise, on se provoque, on attend une réaction. Et là, les CRS chargent, les balles en caoutchouc se mettent à pleuvoir de l'autre côté, c'est la désespérante pagaille habituelle chez les manifestants qui se dispersent.
Ce ne sera pas encore pour cette fois.

 

 

 

 

32 kms

Nous poursuivons notre petit bonhomme de chemin sous l' 'Ilios' (soleil) grec. Le petit village choisi sera Gerakarou. Les chaises sont déjà mises sur la grande place pour que les habitants assistent au dernier match de l'équipe de Grèce de football de la phase finale de la Coupe du Monde FIFA de football 2010. Personne ne savait alors, moi compris, ce qui allait se passer.
En demandant l'hospitalité, nous tombons sur un homme qui nous présente au notable du village qui tient le bar principal. Il nous offre l'hospitalité dans l'espace culturel de Gerakarou, la salle de la mairie, où nous pouvons étendre nos sacs de couchage. Une fois seuls, j'avise un caisson de basse près du bureau dans la salle et un appareil posé dans l'espace cuisine accompagné d'un micro. J'allume le tout et commence par m'amuser à appeler Valérie à un accueil imaginaire de magasin pendant qu'elle est aux toilettes. Puis je chantonne les premières mesures de 'Petit papa Noël'. Alors que j'entame un magistral 'I feel a good' du regretté James Brown, Valérie qui venait de me rejoindre m'avertit que l'employé de la mairie revenait. Je stoppe un peu trop tard mais fais comme si de rien n'était. Il me demande de ne pas jouer avec l'installation audio de la salle, je m'excuse, me sentant un brin ridicule.
Lorsque nous sortons rejoindre l'habitant qui nous avait présenté au notable, on le voit assis avec d'autres sur la grande place qui se remplit peu à peu. On aperçoit aussi l'employé municipal, tout sourire en compagnie de ses amis. Je commence à craindre qu'il n'ait raconté l'histoire à tout le monde, d'autant plus que certains me jettent un 'hello' enthousiaste quand je passe près d'eux. On s'assoit près de l'homme, qui lui aussi arbore un grand sourire. Je m'assombris un peu, le ridicule de la situation me gênant.
Soudain un homme vient à nos côtés et se met à rire en disant 'Valérie, Valérie!' puis se retire en se marrant encore plus. C'est alors que notre hôte me montre le toit de la salle où l'on dort. Des hauts-parleurs y sont solidement fixés. C'est quand je me retourne vers les visages rieurs des villageois que je comprends le grand moment de solitude dans lequel me voilà plongé. Le micro que j'avais utilisé était directement branché sur les hauts-parleurs, qui se sont fait une joie de diffuser pour tout le village ma sublime interprétation d'entre autres 'I feel a good'! Autant dire que je passerai le reste de la soirée à fixer le grand écran, nonobstant les pleurs de rire d'une Valérie hilare...
Le soir et le lendemain matin, mes déplacements seront ponctués par de nombreux 'Don't sing!'... Ainsi commença et finit ma carrière de rock star.

 

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